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Réflexions

Superaliments sans marketing : ce qu'ils contiennent vraiment

· par StepForge

Introduction

Le mot « superaliment » n'a aucune définition scientifique, et aucun régulateur ne l'a validé. On l'applique à des produits auxquels on prête tout à la fois : protection contre les maladies, rajeunissement, « détox », perte de poids et « immunité ». L'École de santé publique de Harvard l'écrit noir sur blanc : ce terme n'a pas de définition scientifiquement fondée ni réglementée.

Je ne veux pas écrire un énième article du genre « tout cela n'est qu'une arnaque ». Ce serait faux : la plupart de ces produits ont une vraie valeur nutritionnelle. Le problème est ailleurs. On les vend en minuscules portions, au prix d'un bon steak au kilo, avec des promesses bien plus larges que les preuves. Je vais donc séparer trois choses : ce que le produit contient, ce qu'une personne en mange réellement et ce qui est démontré chez l'humain.

D'où vient ce mot

On fait généralement remonter l'histoire du terme à la Première Guerre mondiale. D'après l'École de Harvard, le mot est né comme une technique de marketing alimentaire, pas dans les laboratoires : la United Fruit Company présentait la banane comme un aliment bon marché, nourrissant et facile à digérer, et publiait des brochures sur sa valeur nutritionnelle. Plus tard, des « régimes à la banane » sont apparus dans les revues médicales pour la maladie cœliaque et le diabète, avant qu'on comprenne que la maladie cœliaque est provoquée par le gluten. La compagnie a volontiers surfé sur cette vague. L'année exacte du départ varie selon les sources (on rencontre 1917), je ne citerai donc pas de date précise.

Ensuite, la mode a avancé par vagues. L'un des épisodes les plus parlants est l'ORAC, un indice de « capacité antioxydante » inventé en 1991 par des chercheurs de l'Institut national du vieillissement et de l'USDA. Dans le tableau ORAC, la myrtille et d'autres baies faisaient figure de championnes, et la publicité s'en est servie pendant des années. En 2012, l'USDA a retiré sa base ORAC de son site : l'agence a déclaré que les valeurs de capacité antioxydante mesurées en laboratoire ne peuvent pas être transposées aux effets dans l'organisme humain et qu'elles sont régulièrement utilisées de façon abusive dans la publicité et pour choisir des aliments. Une partie des scientifiques (dont l'un des concepteurs de la méthode) l'a contesté, mais l'histoire illustre bien que « beaucoup d'antioxydants dans une éprouvette » et « bon pour vous » sont deux affirmations différentes.

Dans l'Union européenne, le mot « superaliment » n'est pas non plus interdit directement. Le règlement sur les allégations de santé (en vigueur depuis 2007) exige qu'une telle formulation soit accompagnée d'une allégation autorisée et étayée. Je n'ai vu des comptes rendus de cette règle que dans la presse sectorielle ; lisez donc la formulation avec prudence.

Comment fonctionne le schéma

Le marketing des superaliments suit presque toujours le même scénario :

  1. On trouve dans le produit une substance intéressante : un polyphénol, un caroténoïde, des oméga-3, un minéral.
  2. On montre son action en éprouvette ou chez la souris.
  3. On transpose silencieusement le résultat à l'ensemble du produit.
  4. D'un éventuel petit effet, on fait une promesse de guérison, d'amaigrissement ou de détox.
  5. On vend un petit paquet avec une grosse marge.

Autre grand classique : la vérité tronquée. Les graines contiennent bien des oméga-3, mais ce sont des ALA végétaux, pas l'EPA et le DHA du poisson. La poudre contient bien des vitamines, mais dans une portion de trois grammes leur apport est négligeable.

Ce qu'on promet et ce que cela signifie

Dans la publicitéCe que cela signifie souvent en pratique
« Riche en antioxydants »Le produit contient des composés végétaux, mais l'effet clinique est souvent inconnu
« Source de protéines »Dans une portion réelle, il peut y en avoir 1 à 3 g
« Contient des oméga-3 »Le plus souvent, ce sont des ALA, pas de l'EPA/DHA
« Détox »Un mot sans sens médical : le foie et les reins « détoxifient » sans vos compléments
« Concentré de vitamines »Les chiffres sont donnés pour 100 g, alors qu'on en mange 3 g
« Soutient l'immunité »Cela ne revient presque jamais à une protection démontrée contre les infections
« Aliment ancestral »Un argument de tradition à la place d'un argument fondé sur des données
« Pour l'énergie »Il s'agit souvent de sucre, de caféine ou d'un effet d'attente

La portion compte plus que le « pour 100 grammes »

C'est la vérification la plus simple et la plus utile. Si 100 g de poudre contiennent 1 000 mg d'une substance et que vous en mettez 3 g dans un smoothie, vous obtenez 1 000 × 3 / 100 = 30 mg. L'étiquette avec des chiffres pour 100 g est belle à regarder, mais on mange en général 2 à 5 g de poudre, 10 à 30 g de graines et quelques grammes d'algues.

Exemple avec le chia : d'après l'USDA (j'ai consulté un miroir de sa base), 100 g de graines sèches contiennent environ 34 g de fibres et environ 16,5 g de protéines. C'est impressionnant, jusqu'à ce qu'on se rappelle qu'une cuillère (environ 15 g) apporte à peu près 5 g de fibres et 2,5 g de protéines. Ce n'est pas mal, mais comparable à une tranche de pain complet, pas à un « substitut de légumes ».

Une formule simple pour vous-même : regardez la quantité de substance dans votre portion, multipliez-la par la vraisemblance de l'effet et divisez par le prix. Si l'un de ces nombres ressemble à zéro, le reste n'a pas d'importance.

Le prix par nutriment : comment le calculer soi-même

Je ne donne pas de prix précis ici : ils dépendent beaucoup du pays, de la saison et du magasin. La méthode est simple. Prenez le prix du paquet, divisez par les grammes, et vous obtenez le prix par gramme de produit. Multipliez ensuite par le nombre de grammes nécessaires pour obtenir le même « bénéfice ».

  • Protéines : 4 g de protéines dans une cuillère à soupe de spiruline (environ 7 g de poudre) contre 4 g de protéines dans un demi-œuf. L'œuf, le fromage blanc et les lentilles l'emportent presque toujours côté prix, d'un ordre de grandeur.
  • Fibres : 5 g de fibres, c'est une cuillère de chia, mais aussi deux tranches de pain complet ou une demi-tasse de haricots cuits.
  • Oméga-3 : l'ALA se trouve dans le lin et les noix pour trois fois rien, et l'EPA et le DHA dans les poissons gras. La poudre de « supergraines » n'y ajoute rien.

Vérifiez votre ticket de caisse comme vous vérifiez votre forfait mobile : le prix à l'unité, pas le bel emballage.

Ce qui est quoi : aliment, poudre, extrait

Ce sont des produits différents, et l'on ne peut pas transposer les données de l'un à l'autre :

  • aliment entier ;
  • aliment séché ;
  • poudre ;
  • extrait standardisé ;
  • gélules de concentré.

Une pincée de curcuma dans une soupe et une gélule de curcumine biodisponible diffèrent comme une tasse de thé et un comprimé de caféine. Avec les extraits, l'effet peut être plus fort, mais le risque d'interactions et d'effets indésirables l'est aussi. La nourriture ordinaire est, à cet égard, bien plus douce ; les compléments demandent de la prudence, surtout en cas de prise de médicaments et de maladies du foie ou des reins.

La cannelle : un bon exemple de substitution

Sous le nom de « cannelle », on vend surtout de la cassia. La cannelle de Ceylan (Cinnamomum verum) existe, coûte plus cher et contient beaucoup moins de coumarine.

Sur l'emballageCe qu'il y a généralement dedansParticularité
« Cannelle » sans précisionLe plus souvent de la cassiaMoins chère, plus âcre, plus de coumarine
CassiaCassia de Chine, d'IndonésiePlus de coumarine
Ceylon, « de Ceylan »Cannelle de CeylanNettement moins de coumarine, plus chère

On peut distinguer les bâtons : celui de Ceylan est fin, multicouche comme une feuille enroulée, clair et se casse facilement ; la cassia est épaisse, dure, foncée, rougeâtre et d'odeur plus âcre. En poudre, on ne peut pas les distinguer à l'œil : il faut l'étiquetage et un producteur fiable.

Qu'en est-il du bénéfice

La cannelle contient des composés aromatiques et des polyphénols. Mais une revue Cochrane de 2012 (10 essais randomisés, 577 participants, principalement atteints de diabète de type 2, avec en général environ 2 g de cassia par jour) n'a pas trouvé d'effet statistiquement significatif sur l'HbA1c ni sur la glycémie postprandiale, et les résultats sur la glycémie à jeun étaient peu probants ; les auteurs ont conclu que les données étaient insuffisantes pour recommander la cannelle en cas de diabète. De nouveaux travaux ont peut-être paru depuis, mais il n'est certainement pas démontré que la cannelle « soigne le diabète ». Son intérêt pratique est plus simple : le goût, moins de sucre dans le porridge et le café, presque zéro calorie.

Coumarine : faisons le calcul

L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a fixé la dose journalière tolérable de coumarine à 0,1 mg par kg de poids corporel : cela fait 6 mg par jour pour une personne de 60 kg (c'est le calcul de l'agence autrichienne AGES) et environ 7 mg pour 70 kg. D'après l'agence britannique des normes alimentaires, la cannelle moulue figurait parmi les épices les plus riches en coumarine : environ 1 657 mg par kg, soit à peu près 1,7 mg par gramme. C'est une moyenne sur les échantillons étudiés ; pour un lot précis, les chiffres peuvent être différents. En faisant le calcul, quatre grammes d'une telle cannelle représentent déjà environ 6 à 7 mg.

Ce qu'il faut en retenir :

  • Une pincée dans le porridge ou le café n'est pas un problème. L'étude britannique a montré que même les « grands amateurs » de cannelle restent en général sous l'apport tolérable de coumarine.
  • Si vous en mettez une cuillère à café ou plus chaque jour, comme « complément contre le sucre », il est raisonnable de choisir la cannelle de Ceylan.
  • L'agence française ANSES met spécifiquement en garde contre le surdosage en coumarine provenant des compléments alimentaires ; il faut être plus prudent avec eux pour les enfants et les personnes ayant des problèmes de foie.

Les graines

ProduitVraie forceLimite
LinOméga-3 ALA, lignanes, fibresMieux vaut le moudre
ChiaFibres, ALA, gonfle et donne de la satiétéPlus cher que le lin, calorique
Graines de courgeProtéines, magnésiumDenses en énergie
Graines de tournesolVitamine E, graissesBeaucoup de sel quand elles sont salées
SésameGraisses, calcium et autres minérauxBeaucoup de calories
Graines de chanvreProtéines et graissesPeu de fibres une fois décortiquées
Pépins de raisinPolyphénols dans les extraitsCe n'est pas un aliment complet

Le chia

Il s'agit surtout de fibres, de graisses et d'ALA. Il peut aider à compléter l'apport en fibres et donner de la satiété, mais il ne faut pas compter sur lui pour brûler les graisses : dans un essai randomisé de 12 semaines chez des personnes en surpoids (25 g de chia deux fois par jour, 90 participants), aucune baisse du poids corporel ni changement des facteurs de risque n'a été observé. Une revue plus récente ne voit pas non plus d'effet fiable sur le poids, tout en évoquant une légère baisse de la pression artérielle ; les données sont peu nombreuses.

On ne doit pas manger les graines sèches à poignées « à sec » : elles gonflent beaucoup, mieux vaut les recouvrir de liquide. Une portion raisonnable est de 15 à 30 g par jour.

Le lin

Ici, je corrige la version d'origine de cet article : on ne peut pas dire que le lin soit « généralement plus riche en fibres » que le chia. Pour les fibres, le chia n'est pas en reste. Les vrais arguments en faveur du lin sont autres : le prix, l'ALA et les lignanes.

Le lin moulu est mieux assimilé que la graine entière. Dans un essai chez des adultes en bonne santé (on comparait l'huile de lin, la graine moulue et la graine entière), la graine moulue et l'huile augmentaient nettement l'ALA plasmatique, mais pas la graine entière. Une méta-analyse d'essais contrôlés a trouvé une légère baisse de la pression artérielle avec le lin, mais les critiques notent qu'elle mélangeait graine entière et graine moulue, d'où la difficulté d'en tirer une conclusion ferme. Le lin moulu s'oxyde plus vite : mieux vaut le conserver peu de temps et au frais.

La portion est d'environ 10 à 20 g par jour. Le lin n'« équilibre pas les hormones » et ne « nettoie pas l'intestin » : c'est une bonne composante ordinaire de l'alimentation.

Les pousses et les micro-pousses

Il faut distinguer les pousses (une graine germée en milieu humide), les micro-pousses (une jeune tige cultivée sur un substrat puis coupée plus tard) et le grain germé. À la germination, la composition change un peu (une partie des phytates et de l'amidon), mais l'avantage sur le grain entier ordinaire est en général faible. Les micro-pousses ne sont qu'un légume frais au goût vif, pas un médicament.

Le vrai risque des pousses crues

Les conditions de la germination, chaleur et humidité, sont aussi idéales pour les salmonelles, Escherichia coli et d'autres bactéries ; or les pousses ont l'air parfaitement normales. Les pousses sont l'une des rares catégories « saines » où le risque est démontré par des épisodes épidémiques précis. L'Université d'État de Pennsylvanie conseille expressément de ne pas donner de pousses crues aux jeunes enfants, aux personnes âgées et aux personnes immunodéprimées ; on recommande en général la même chose aux femmes enceintes. La cuisson élimine le problème.

Les baies et les poudres de fruits

La myrtille et les anthocyanes

Il existe ici de bonnes données. Une méta-analyse de 44 essais randomisés et de 15 études de cohorte a montré que les anthocyanes purifiées diminuaient légèrement le LDL (d'environ 5 mg/dL) et les triglycérides ; dans les cohortes, une consommation plus élevée d'anthocyanes était associée à un moindre risque d'événements cardiovasculaires. Mais : les effets sont modestes, de nombreux essais sont courts et petits, beaucoup de données portent précisément sur des compléments, et les cohortes ne disent rien de la causalité (les gens qui mangent des baies vivent souvent plus sainement par ailleurs). Autrement dit, les baies sont un bon aliment, mais la « myrtille anticancer » reste une image publicitaire. Et les baies surgelées bon marché marchent aussi bien que les baies à la mode.

Le goji

Il contient des caroténoïdes et des polyphénols ; séché, il concentre le sucre. Il n'y a aucune raison convaincante de considérer le goji comme nettement plus sain que la myrtille, le cassis ou la cerise. Une réserve pratique réelle : on a décrit quelques cas d'élévation de l'INR (un indicateur de la coagulation du sang) chez des personnes qui prenaient de la warfarine et buvaient une décoction ou du vin de goji. Ce sont des descriptions isolées, pas des essais contrôlés, mais les personnes sous warfarine devraient parler du goji à leur médecin.

L'açaï

Il contient des polyphénols, mais il s'agit en général d'une petite portion de poudre ou d'un bol auquel on ajoute banane, sirop, muesli et pâte de noix. L'intérêt et la teneur en calories du plat dépendent de toute la composition. Je n'ai aucune preuve d'un effet particulier de combustion des graisses ou de rajeunissement.

Les poudres de baies

Elles sont pratiques à conserver et gardent une partie des composés, mais ne remplacent pas un bol de baies en volume, en fibres et en satiété.

Spiruline et chlorelle

La spiruline

Elle contient beaucoup de protéines en proportion du poids (de l'ordre de 60 %), mais une cuillère à soupe (environ 7 g) apporte à peu près 4 g de protéines et environ 20 kcal. C'est un complément, pas un substitut aux œufs, au poisson ou aux légumineuses.

L'essentiel, ici, c'est la qualité et la sécurité. Une étude de compléments commerciaux à la spiruline (Turquie, 2026) a montré un grand écart de teneur en métaux lourds entre les marques : dans l'ensemble, les valeurs respectaient les normes, mais un échantillon dépassait l'indice de risque admissible pour tous les groupes d'âge sauf les adultes. Autre problème possible : les microcystines provenant de cyanobactéries étrangères en cas de mauvaise culture. L'évaluation de la Pharmacopée des États-Unis (USP) a attribué à la spiruline la classe de sécurité A, mais cela ne garantit pas la qualité d'un pot précis. La faculté de médecine de Harvard ajoute des précautions : aggravation possible des maladies auto-immunes (en théorie), effet sur la coagulation, prudence en cas de phénylcétonurie. Les affirmations sur l'« élimination des toxines » et la « purification du sang » ne sont pas démontrées.

La chlorelle

Des protéines, de la chlorophylle, un peu de minéraux. L'affirmation selon laquelle elle élimine les métaux lourds de l'organisme repose sur des travaux de laboratoire et des études de purification de l'eau, pas sur de bons essais chez l'humain. Certaines personnes ont des nausées, des crampes et de la diarrhée.

Matcha et thé vert

Le matcha est la poudre de la feuille de thé entière, d'où davantage de caféine et de polyphénols du thé que dans une infusion ordinaire. C'est un bon remplacement des boissons sucrées et une boisson tonique douce. D'après le NCCIH, le thé vert en boisson ne pose aucun problème de sécurité connu pour les adultes, mais son effet sur le poids, dû aux catéchines et à la caféine, est modeste et dépend de la personne ; les données cardiaques et sur le cancer sont contrastées. Les réserves sérieuses concernent les gélules d'extrait de thé vert : des cas d'atteinte hépatique sont décrits, et des interactions médicamenteuses sont possibles (par exemple avec la statine atorvastatine et quelques autres médicaments). Le thé, et plus encore le matcha concentré, peut dégrader le sommeil et provoquer de l'anxiété ; à forte dose, le thé réduit l'absorption du fer non héminique.

Curcuma et curcumine

Le curcuma dans les plats est une bonne épice. La curcumine dans des compléments concentrés, c'est autre chose. Selon le NCCIH, les méta-analyses montrent des résultats préliminairement positifs sur la douleur de l'arthrose, mais il faut des études de meilleure qualité, et pour la plupart des autres usages les preuves sont insuffisantes. Le NCCIH avertit aussi : une forme de curcumine à biodisponibilité accrue peut nuire au foie ; ces compléments contiennent souvent de la pipérine du poivre noir, et la composition des produits varie beaucoup. Des cas isolés d'atteinte hépatique aiguë ont été décrits. L'épice en portion ordinaire, c'est une autre histoire, mais « le curcuma en gélules pour tout » n'a rien à voir avec l'alimentation.

Herbe de blé et poudres « greens »

Dans les mélanges, la composition est souvent opaque : spiruline, chlorelle, herbes, enzymes, probiotiques, extraits ; les doses de chacun sont inconnues et souvent faibles. La poudre ne remplace pas les légumes en volume, en fibres, en satiété et en diversité.

La noix du Brésil

Le sélénium y est bien présent. L'apport recommandé pour un adulte selon les NIH est de 55 µg par jour. Mais la teneur d'une seule noix dépend très fortement du sol : selon les sources, la fourchette va de quelques dizaines à plusieurs centaines de µg par noix, et je n'ai pas pu confirmer les chiffres exacts de l'ODS. Conclusion pratique : une ou deux noix suffisent, et une poignée chaque jour peut mener à un excès (la limite supérieure généralement admise pour les adultes est d'environ 400 µg par jour). Un rare exemple de produit où « plus » veut vraiment dire « pire ».

Le maca

Le maca est une racine riche en glucides et en composés végétaux. Une revue systématique de 2010 n'a trouvé que quatre essais randomisés sur la fonction sexuelle : dans deux, il y avait un effet, dans un autre non, et dans un dernier, chez des hommes atteints de dysfonction érectile, il y en a un ; les auteurs ont qualifié les preuves de limitées. Sur une hausse de la testostérone, les sources que j'ai trouvées ne contiennent pas de données fiables. Le maca n'est pas un « complément universel ».

Le miel de manuka

C'est un produit sucré. Les indicateurs antibactériens du miel de manuka peuvent avoir leur importance dans des usages médicaux spécialisés, par exemple dans les pansements, mais dans le thé ou le porridge il ne devient pas fondamentalement plus sain que le miel ordinaire.

Le chou kale et le quinoa

Deux produits « à la mode » qui n'étaient pas dans le texte d'origine, mais qu'il vaut la peine de mentionner.

Le kale est simplement un chou, et un bon. Pour les personnes ayant des calculs rénaux, il est souvent préférable aux épinards, car il contient nettement moins d'oxalates (les sources donnent des chiffres différents, mais la direction est la même). En revanche, il est riche en vitamine K : les personnes sous warfarine n'ont pas à l'éviter, elles doivent en manger régulièrement, sans brusques écarts de quantité.

Le quinoa est une céréale complète sur le plan des acides aminés, mais pas une bombe de protéines : dans une portion cuite, on compte de l'ordre de 4,4 g de protéines pour 100 g et environ 8 g par tasse (données reprises de l'USDA via une source secondaire). Les saponines sont amères, c'est pourquoi on rince la graine. Le sarrasin et les flocons d'avoine sont moins chers et en général tout aussi bons.

Les aliments fermentés

Parmi les sujets à la mode, c'est presque le seul pour lequel il existe un essai randomisé intéressant. Dans l'étude de Stanford (36 adultes en bonne santé, 10 semaines), le groupe qui mangeait du yaourt, du kéfir, du kimchi, des légumes lactofermentés et du kombucha a obtenu une plus grande diversité du microbiote intestinal et une baisse de plusieurs protéines inflammatoires, alors que le groupe à forte teneur en fibres n'a pas montré cet effet (peut-être à cause de la durée). L'échantillon est petit, et ce sont des marqueurs qui ont été mesurés, pas des maladies. Mais le kéfir et la choucroute ne coûtent presque rien, et c'est un bon exemple : un « superaliment » peut être bon marché et local.

Trois groupes : ce qui vaut son prix

Une vraie valeur nutritionnelle

Les aliments qui apportent une quantité sensible de protéines, de graisses, de fibres, de vitamines ou de minéraux dans une portion ordinaire : légumineuses, flocons d'avoine, sarrasin et céréales complètes, noix et graines, poisson, œufs, produits laitiers fermentés et légumes fermentés, légumes et baies. On peut les vérifier d'après leur composition.

Un petit bénéfice réel, gonflé par la publicité

Goji, açaï, spiruline, chlorelle, maca, moringa, herbe de blé, poudres. Il peut y avoir un bénéfice, mais les portions sont de 3 à 10 g, et il n'est ni unique ni proportionnel au prix.

Des ajouts presque décoratifs

Une cuillère de poudre dans un smoothie, quelques pousses sur le dessus, 1 à 2 g de poudre de baies, une pincée de mélange d'herbes. Ce n'est pas forcément une tromperie : le goût et la couleur ont aussi de la valeur. Mais présenter cela comme une source notable de protéines, de fer ou d'oméga-3 n'est pas honnête.

Comment vérifier un produit

  1. Cherchez un nom précis : nom latin de la plante, espèce, origine. « Extrait d'herbes » n'est pas un nom.
  2. Vérifiez le dosage : si un mélange compte dix ingrédients et aucune quantité en grammes, il n'y a rien à évaluer.
  3. Regardez la forme : entier, poudre et extrait sont des choses différentes.
  4. Cherchez un contrôle de laboratoire indépendant : métaux lourds, microbiologie, toxines d'algues, pesticides, conformité à la composition annoncée.
  5. Ne confondez pas bio et bénéfice démontré : cela concerne le mode de production, pas l'effet ni l'absence de contaminants.

Qu'acheter raisonnablement

Le bon rapport bénéfice/prix revient au lin moulu, aux graines et noix ordinaires, aux baies surgelées, aux légumineuses, aux céréales complètes, au poisson, aux œufs et aux produits laitiers fermentés, aux légumes fermentés, aux herbes et au chou, au thé vert ordinaire, au curcuma comme épice. La plupart des gens n'ont pas besoin, de façon régulière, de chères poudres d'açaï, de goji, d'herbe de blé, de spiruline, de chlorelle, de maca, ni de mélanges de dizaines de « superingrédients ».

Produit cherAlternative pratique
ChiaLin moulu ou flocons d'avoine
AçaïBaies surgelées
GojiCassis, myrtille, cerise, canneberge
SpirulineŒufs, fromage blanc, poisson, légumineuses
Poudre de verdureChou, herbes, brocoli
Miel de manukaMiel ordinaire, si l'on veut juste un produit sucré
Matcha cherUn bon thé vert
QuinoaSarrasin, millet, flocons d'avoine
Supermélange de grainesLin, graines de courge et de tournesol
Poudres probiotiquesKéfir, choucroute

En résumé

Le chia reste une graine, le goji un fruit sec, l'açaï une baie, le matcha un thé concentré, la spiruline un complément protéique facultatif et la micro-pousse un jeune légume. Ce n'est pas une raison de les mépriser : beaucoup sont savoureux et bons pour la santé. C'est une raison de ne pas payer pour la légende.

La conclusion la plus pratique est ennuyeuse : la base de l'alimentation, ce sont les légumes, les fruits, les légumineuses, les céréales complètes, les œufs, le poisson, la viande, les produits laitiers et fermentés, les noix et les graines. Tout le reste est un assaisonnement pour le goût, la commodité ou la curiosité. Ni un substitut à la nourriture, ni un traitement.

Sources

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